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Le "Tour" de la Saint-Feuillen est pratiquement immuable
et en tout cas respecté aussi scrupuleusement que le
permettent les circonstances, depuis plus de deux
siècles. Il ne se déroule presque pas dans les
rues, mais par monts et par vaux, prés et bois,
faisant effectivement le tour de la ville. Ce parcours de
plus de 12 kilomètres s'accomplit de 8 heures
à 21 heures. Il était autrefois coupé
de 7 pauses, ramenées aujourd'hui au nombre de 3.
Le matin
Les compagnies fossoises reçoivent leurs
"invités" dès 8 h le matin, tandis que se
déroule la messe; les reliques de saint Feuillen
(châsse et buste) sont solennellement exposées
devant le parvis et, dès le départ, les
soldats les saluent en présentant les armes.
Passée la place du Chapitre, puis le carrefour d'En
Leiche, le cortège se dirige vers la chapelle
Saint-Roch puis emprunte un chemin de terre vers les
"Campagnes du Pautche" où a lieu de premier
bataillon carré. C'est là un exercice
militaire spectaculaire : les compagnies se forment en un
immense carré et dès que le cortège
religieux apparaît et se place au centre, chaque
groupe tire une salve en l'honneur de saint Feuillen.
Puis le cortège reprend sa route à travers
prés pour atteindre la route de Bambois et les
Quatre-Bras et remonter ensuite l'avenue Albert 1er : le
coup d'oeil y est splendide. Tournant ensuite à
droite, le cortège longe la Ferme du Chêne et
gagne les campagnes avoisinantes : là se
déroule le deuxième bataillon carré
avec bénédiction du saint Sacrement.
Après quoi, le cortège religieux rentre
à la collégiale tandis que les soldats
bivouaquent sur place ou descendent en ville.
L'après-midi
Après un bref repos, le cortège repart vers
Doumont par la route de Tamines. Il contourne la ferme et,
par les campagnes de la "Ronjie", gagne le Benoît.
Quittant la route de Franière à peine
retrouvée, il s'engage dans le Bois de saint Feuillen
où un chemin tracé (le chemin de saint
Feuillen) retentit d'innombrables coups de feu : on "tire le
lièvre de saint Feuillen".
C'est une coutume immémoriale en effet, qui veut
qu'à chaque procession, et malgré le bruit des
armes et des tambours, on rencontre un lièvre. Le
doyen Chaltein, relatant la procession du 5 novembre 1815,
précise même que cette année-là
on vit deux lièvres. Et chaque soldat, bien
sûr, essaie de débusquer le malheureux animal
(il en est même souvent de plus malins qui vont, la
veille, cacher une dépouille de lapin dans un buisson
d'où ils l'extraient fièrement au passage de
la Marche, prétendant avoir tué le
lièvre fabuleux). Notons que ce lièvre est une
tradition fort ancienne puisqu'il figure dans les sculptures
des stalles placées en 1524 dans le choeur de la
collégiale.
Sortant du bois, le cortège traverse les campagnes et
rejoint la Ferme de la Folie : les compagnies y
pénètrent par l'arrière, traversent la
cour et en ressortent par la grande porte cochère.
Dans les campagnes de la Folie a lieu le troisième et
plus spectaculaire des bataillons carrés : sur
plusieurs hectares, les troupes s'étalent et
bivouaquent. On y retrouve tout le pittoresque coloré
des troupes impériales. Dès la remise en
marche, les troupes longent le bois de la Folie et se
placent en files dans les "Greffes de La Folie". Ces rangs
de 150 à 200 hommes vont descendre la colline au pas
de charge, tandis que sonnent les tambours et que
retentissent les trompettes : ce mouvement spectaculaire
constitue sans nul doute le clou de la journée.
Rejoignant alors la route de Namur, au Cheslong, le
cortège rentre à Fosses par le quartier
Saint-Roch où la Marche retrouve le saint Sacrement
et les personnalités religieuses. C'est depuis 1851
que s'est établie cette coutume, et en Leiche, les
compagnies font la haie d'honneur au saint Sacrement qui est
ramené à la collégiale, dont on ferme
les portes pour le dernier acte de cette fameuse
journée : le feu de file.
Devant la foule massée sur la place du Chapitre,
chaque soldat vient rendre le dernier hommage à saint
Feuillen dont la statue domine le porche. Les officiers
saluent de l'épée, les drapeaux s'inclinent,
les cantinières jettent à terre le contenu
d'un verre et les soldats déchargent avec fracas leur
fusil spécialement chargé pour la circonstance
: "one kètche di feu d'file" (une charge de feu de
file).
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