Epoque gallo-romaine


Si des fouilles archéologiques partielles ont démontré la présence d'une occupation gallo-romaine, la toponymie celtique de certains lieux (La Biesme : Bebrona, la rivière des castors; En Leiche : banc de pierre) laisse supposer une origine plus ancienne encore. Cependant, aucun élément matériel d'une présence celtique n'a été découvert à ce jour.
Un important cimetière gallo-romain a été exhumé au lieu-dit "Taravisée", et quelques campagnes de fouilles ont permis de mettre à jour une partie des bâtiments, datés du IIe siècle de notre ère.
Une autre occupation gallo-romaine a été repérée sous la Collégiale, sans qu'il soit possible de déterminer avec précision s'il s'agissait d'une habitation ou d'un lieu de culte.

Poterie gallo-romaine
Fragment de poterie en terrre sigillée décorée d'une tête de lion (IIe siècle)

 

Epoques mérovingienne et carolingienne


"... atque in villa, quae ex nomine fluminis decurrentis nuncupatur Bebrona..." : l'appellation celtique persiste toujours au VIIe siècle, lorsque Feuillen, moine d'origine irlandaise, y bâtit un monastère. Cette souche celtique demeurera encore près de deux siècles : Eginhard, en 828, cite le Monasterium Scottorum - le monastère des Scotts. L'emplacement de ce premier monastère n'est pas connu avec précision, mais on peut, sans trop s'avancer, supposer que les moines irlandais ont bâti la première église.

Serait-ce eux, également, qui ont érigé, surplombant la localité, une chapelle dédiée à Sainte Brigide, abbesse de Kildare, en Irlande? On peut encore voir, au chevet de cette chapelle, une pierre gravée d'une croix dans un cercle, selon la mode celtique.

Croix celtique

 

Epoque médiévale


Au début du Xe siècle, Louis l'Enfant (Fosses était à l'époque en Lotharingie, sous l'autorité des rois de Germanie) donne le monastère à sa cousine Gisèle (Kisala), qui le cédera en rente viagère à l'évêché de Liège. Ainsi, dès 907, Fosses passe sous obédience liègeoise, et ce pour près de neuf siècles! De cette époque aussi date la transformation du monastère en un chapitre de chanoines sous l'autorité d'un doyen.

Menacés en 954 par l'avance d'une horde de Magyars, menés par Conrad le Rouge, duc de Lotharingie, les chanoines s'empressèrent de mettre en lieu sûr, "dans un lieu fortifié du voisinage appelé Fraxinus et situé dans les rochers surplombant une rive de la Meuse" les reliques de St-Feuillen. Fosses, à l'époque, n'était pas encore entourée de fortifications.

C'est sous le prince-évêque Notger que Fosses renaît : une église collégiale est reconstruite vers 974, dont la tour carrée subsiste toujours. C'est à Notger aussi qu'on attribue la construction d'une enceinte fortifiée autour de la "ville des chanoines" et du castrum épiscopal, ainsi que l'instauration d'un marché franc, d'un tonlieu et d'un atelier monétaire.

Après la translation des reliques de St Feuillen en 1086, la collégiale, trop petite pour contenir la foule ce jour-là, fut agrandie d'une crypte "hors coeur", qui reste le seul exemplaire en Belgique de ce type de construction mosane du moyen-âge.

 

La "Bonne Ville" de Fosses


Fosses avait alors une grande renomée, puisque c'est sur l'autel de St Feuillen que fut signé, en 1071, l'acte d'inféodation du Comté de Hainaut à la Principauté de Liège. Des bourgeois, des paysans étaient venus s'installer au pied du monastère, et la "ville des bourgeois" fut aussi ceinte de remparts en 1149.

Notre histoire, alors, est faite de heurs et malheurs, de périodes de prospérité et de décadence, souvent réglées par les règnes paisibles ou belliqueux des princes-évêques. En 1140 ou 1143 déjà, Fosses avait été pillée et brûlée de fond en comble par Renaud, Comte de Bar, et Henri l'Aveugle, Comte de Namur, lors d'une dissension avec l'évêque de Liège Albéron II au sujet de la possession de Bouillon.
En 1174, un incendie ravage encore l'église, l'encloître et la demeure de l'évêque. Mais la ville se relève à chaque fois, et s'agrandit peu à peu : en 1267, elle possède ses halles, son marché franc, sa monnaie, ses impôts.

Les rapports de la population avec le prince-évêque et les chanoines n'étaient pas toujours faciles : en 1302, à la suite d'une mésentente avec le chapitre, les bourgeois obstruèrent la "Porte du Vestit", communication entre les deux villes. Ils payèrent chèrement cette révolte : leur furent retirés franchise, échevinage, jurés, ban-cloke, cimetière, sceau, fossés, étangs, maladrerie et la forêt de Bambois (bois banal)...

 

Guerres de succession et guerres de religion


Philippe le Bon, dans ses guerres pour la centralisation des territoires, lutta aussi contre la Principauté de Liège et, en 1430, vint mettre le siège devant Fosses, qu'il pilla et brûla, à l'exception de l'église, que le Comte de Hainaut, lui, n'avait pas épargnée en 1408. Les Français, en lutte avec Charles-Quint, vinrent dévaster la région en 1554 et Fosses fut brûlée les 5 et 19 juillet.

En 1565, l'évêque Gérard de Groesbeek créait à Fosses le "serment des Arquebusiers" pour la défense de la ville. Ces milices furent - dès 1571 - à l'origine des escortes militaires des processions, devenues "Marche Saint-Feuillen", septennale depuis le voeu de 1635.

Les Huguenots ne manquèrent pas, au cours de leurs progressions dévastatrices, de tomber sur le monastère de Fosses : le 15 octobre 1568, le baron de Genlis se livra chez nous à des "pillerges, bouttements de feu, violations d'églises, cloistres et maisons".

 

Vers un siècle de lumières ?


Après ces tristes méfaits et toutes ces ruines accumulées, le XVIIe siècle et les guerres de Louis XIV ne devaient apporter qu'occupations ruineuses de troupes disparates, dont les exigences et souvent les pillages achèvent de ruiner les habitants.
En 1636, c'est le marquis de Gonzagua et ses troupes espagnoles qui forcent une brêche dans les murailles et pillent. En 1640, le duc de Lorraine prend la ville d'assaut et la "livre aux soldats". En 1653, Condé ouvre une brèche à la porte Al Froissin, brûle l'hôpital et pille la ville. En 1678, ce sont les troupes françaises qui hivernent à Fosses. Le "Règlement de 1684" d'abord, pour la Principauté, puis le traité d'Utrecht (1713) mettent fin à toutes ces guerres et rendent la sécurité au pays.

La Révolution liégeoise de 1789 ne trouvera guère d'écho chez nous : seuls quelques bourgeois sont envoyés aux "Etats" et quelques volontaires vont défendre Liège. En 1792, c'est l'invasion française : une municipalité est instaurée le 10 janvier 1793, mais le 5 mars, le Prince-Evêque rentre à Liège et les Français quittent la Principauté. L'année suivante, la victoire de Fleurus décidait du sort de la Principauté : c'était sa fin. Fosses est détachée de Liège pour faire partie désormais de l'arrondissement de Namur comme chef-lieu du 6e canton du département de Sambre et Meuse.