La Confrérie Saint-Feuillen


Fosse (sans s) a été durant de nombreux siècles une Bonne Ville de la Principauté de Liège. Le Prince-Evêque faisait battre monnaie dans les remparts, prélevait des taxes sur les marchands de passage, la ville accueillait des files interminables de pélerins et ses corps de métier, groupés par rues entières (quoique très courtes) formaient des corporations autour de saints exposés dans son église collégiale : catherine, Eloi, Roch, Julienne et les autres. Des associations aux aspirations plus élevées ont existé, elles aussi, et la présence d'une confrérie Notre-Dame dans une chapelle de la célébrissime crypte "hors choeur" est attestée depuis fort longtemps.

Alors, pourquoi ne pas faire revivre une confrérie dans la Fosses-la-Ville namuroise, et ceci juste avant d'entrer dans le 21eme siècle? Une confrérie historique, ouverte aux techniques (internet), à la mixité, à l'humour de bon aloi, respectueuse des traditions, du folklore, de la langue du terroir (un certain wallon qui ne disparaît pas aussi vite qu'on le dit) et animée du souffle harmonieux qui transparaît encore, pour celui qui regarde attentivement, à travers les vieilles pierres et la forme générale de la ville.

La confrérie a choisi de se grouper derrière Feuillen, ce "Foilnan" du 7eme siècle qui a bâti, sur le petit bourg gallo-romain négligé par les Francs de "Fossa", un solide monastère celto-chrétien, avec l'appui d'une famille de riches propriétaires, qui finira par arracher le pouvoir aux descendants divisés de Clovis et l'étendra sur toute l'Europe : les Pépins de Nivelles, les trisaïeux de Charlemagne, ni plus, ni moins!

En clair, c'est par Foilnan-Feuillen et les membres de son clan irlandais du Connemara que "Fossa" est devenue chrétienne. Mais quelle chrétienté? Celle des évêques du pouvoir mérovingien, fermés sur eux-mêmes et qui consacraient plus de temps à déjouer des complots sournois qu'à évangéliser? Celle de ces abbés-druides de l'antique Erin qui parlaient encore le Gaël, étudiaient déjà le latin comme une langue morte et qui démontraient la force et la vitalité du Christ par leur propre martyre dans l'exil? Et quels étaient les rapports de Feuillen, lui qui descendait du Nord, avec les évangélisateurs bénédictins qui montaient du sud?

La réponse doit être nuancée, et l'un des principes de base repris dans les statuts de la confrérie est de :

- rechercher les racines culturelles et spirituelles de Fosses.

Le suivant en découle automatiquement :

- assurer la défense et l'illustration de ce patrimoine, en organisant, au moins une fois par an, une manifestation culturelle ou artistique en l'honneur de saint Feuillen et des fondateurs de notre cité.

Et, en toute logique :

- promouvoir le culte de saint Feuillen, notamment le dernier dimanche d'octobre par un office religieux à sa mémoire.

Mais aussi :

- favoriser toute initiative privée ou publique tendant aux mêmes buts...

A ce propos, justement, un très intéressant groupe d'historiens-figurinistes méticuleux est en train de réaliser un petit Feuillen en trois dimensions, priant dans la position irlandaise du "cross-figill", absolument saisissant de réalisme. Il sera exposé dans la vitrine du Syndicat d'Initiative pendant les fêtes septennales du mois de septembre, ne le ratez pas!

- ... et entretenir en tous temps et dans la dignité, la plus grande confraternité entre les membres de l'association.

Mais la confrérie qui se met à peine en place a déjà participé activement au programme de nombreuses manifestations. Ainsi ses membres, à titre individuel, ont conscience de l'aura spirituelle qui émane de cette très vieille ville à travers ses monuments religieux et ensemble, il font des prodiges : projets de rénovation de la collégiale, de la création d'un musée et du retour de la crypte à son aspect médiéval, recherches historiques diverses, rédaction d'articles et de livres, contacts avec les médias et les confréries d'autres villes, implantation d'une croix celtique sur la place du Chapitre, interventions remarquées dans les conférences, renforcement des accès de la collégiale, entretien et protection accrue des statues de valeur, nettoyage de la tour et du clocher, lustrage de la célèbre grille en dinanderie, réalisation d'un nouvel autel et de décors de théâtre, photos et diapositives diverses, création d'un sigle, polos et T-shirts, accueil des pélerins dans leur langue, participation aux célébrations importantes et aux processions-marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse, en habit, etc.

Eh oui, les confrères portent l'habit! Et quel habit! Une coule de moine, ni plus ni moins! Mais une coule qui ne se rattache à aucun ordre, bien entendu, ils ne se le permettraient pas! La coule s'ouvre d'ailleurs sur le devant, comme un simple manteau laissant ainsi apparaître à volonté le costume civil qu'elle recouvre.

Voulant rappeler que Foilnan le scot, exilé volontaire à Fosses, a d'abord été formé à la spiritualité ascétique du monastère celtique de Rathmat, les confrères portent un médaillon singulier autour du cou : une triskèle irlandaise. Elle provient du plus illustre évangéliaire irlandais de tous les temps : le livre de Kells.

Ils l'ont déjà inauguré, cet habit. Ils ont accompagné les reliques de Feuillen lors de sa sortie à Malonne et ils les ont portées dans la collégiale lors de la messe télévisée. Le costume n'était malheureusement pas encore coupé lors de l'inauguration de la très belle croix celtique offerte par l'un de ses membres sur la place du Chapitre.

Les confrères participeront à la marche septennale. Ils escorteront les reliques de saint Feuillen avec leurs confrères du Roeulx et de Liège et les différentes compagnies de marcheurs.

Loin de s'opposer au rythme joyeux et chaleureux qui contribue largement au charme des marches : "Ramblamblam! Une salve! Ramblamblam! Un péket!", la confrérie défilera silencieusement, voulant, à la fois, rappeler par son habit même, l'arrivée des premiers chrétiens irlandais dans la ville, et étoffer d'une petite tache de couleur uniforme la procession religieuse de la plus énorme marche militaire de l'Entre-Sambre-et-Meuse (2500 soldats marchant au rythme des fifres et des tambours!).

En effet, à l'origine, si l'on "promenait" les reliques de saint Feuillen à travers toute l'entité selon un circuit bien établi adapté de la tradition pré-chrétienne des robaglias, c'était avant tout pour bénéficier de leurs effets thaumaturgiques : faire cesser ou venir la pluie, éviter ou gagner une guerre, endiguer une épidémie, chasser le malin, veiller au grain, rassurer les malades qui ne pouvaient plus se déplacer, protéger les maisons et le bétail ou plus spirituellement, circuler en plein air pour remercier le ciel de tous ses bienfaits.

Mais les reliques ayant besoin de protection, ces processions constituaient aussi, bien sûr, une bonne occasion pour faire défiler en bon ordre toute la hiérarchie religieuse et militaire, sous les yeux des petites gens, des étrangers et des pélerins de passage (qui ne savaient ni lire, ni écrire, et qui n'avaient ni radio, ni télévision).

Et, le soir venu, reliques rentrées après la parade, la bière a toujours coulé à flot à partir de la ruelle des brasseurs!

Longue vie à la confrérie Saint-Feuillen de Fosses-la-Ville!